Le pôle Emploi au bord de l'implosion.

Publié le par ANTIFA

La fusion Assédic-ANPE, officielle depuis le 19 décembre, se réalise dans la douleur et au plus mauvais moment. Alors que la liste des inscrits ne cesse de s’allonger, les agents sont dépassés, les demandeurs d’emploi déboussolés et les syndicats demandent une suspension de la convergence pendant la crise.

« Ce qui est sûr, c’est que je n’attends rien de Pôle Emploi. » Le constat de Pascale Thomas, Messine de 53 ans, est implacable.

DOSSIER

Mais pas infondé à entendre cette assistante de direction au chômage depuis janvier 2008. Le référent et le lieu unique ? « Ce sont des plus. Mais fondamentalement, ça ne change rien. » Le suivi mensuel personnalisé et obligatoire ? « Je n’ai plus reçu de convocation depuis décembre 2008. » Le 39 49, numéro unique ? « Une plateforme impersonnelle. » Les offres ? « On m’y donne les mêmes que celles que je consulte depuis chez moi. Je vois parfois passer des CDD de deux jours, ou d’un mois à raison d’une heure hebdomadaire ! Comme l'ANPE avant, le Pôle Emploi fait face à un vrai problème de crédibilité auprès des chefs d’entreprises, qui préfèrent mettre leurs offres ailleurs. »

Les formations ? « On nous dit de profiter du contexte difficile pour renforcer nos compétences. Je voudrais faire une licence professionnelle de management des organisations mais je n’arrive pas à obtenir le financement. » L’accueil ? « Un conseiller m’a dit qu’on ne recontrait que de la souffrance au Pôle Emploi, y compris chez les employés. Ils n’ont plus le temps d’aller démarcher les entreprises. On a rassemblé des gens qui ont un statut et une philosophie de travail différents et on ne leur donne pas de moyens. Je ne veux pas les accabler car leur restructuration est dure à gérer, et qu’en plus elle survient au plus mauvais moment. »

Chercher ailleurs

Résultat : Pascale apprend à ne compter que sur elle-même. Tous les matins, son premier geste est de se brancher sur internet. Les sites cadremploi.fr, apec.fr, carriereonline.com ou monster.fr, n’ont plus de secret pour elle. Mais les rares propositions susceptibles de faire l’affaire restent souvent lettre morte. Son dernier entretien remonte à juillet 2008. La faute à la crise bien sûr.

Mais pas seulement : « Il y a aussi le problème de l’âge. Aujourd’hui, une candidature senior est souvent classée directement à la poubelle. Je ne comprends pas pourquoi. Je n’ai pas moins d’énergie qu’un jeune », explique cette dynamique quinquagénaire avant de dresser un inventaire à la Prévert de ce qu’elle appelle son atout senior : « Un vrai savoir-faire, des savoirs discrets, une expérience et une maturité me permettant de faire face à tout type de situation, une capacité d’apprentissage égale à celle des jeunes, des valeurs plus trop répandues en entreprise, comme la générosité, la collaboration inventive. »

Cette femme, qui a travaillé pendant près de trente ans, pour différentes entreprises en France, au Luxembourg, en Suisse ou à l’international, est pourtant prête à concéder de nombreux sacrifices : « J’ai postulé jusqu’à Caen ou Avignon. Je demande un salaire de 2 000 € brut, alors qu’avant, je les avais largement en net. » Mais rien n’y fait. « J’ai déjà vécu cette situation à six ou sept reprises. D’habitude, je mettais trois semaines pour retrouver du travail. Là, pour la première fois de ma vie, je suis inquiète pour l’avenir. Si dans dix-huit mois je n’ai toujours rien, je n’aurais plus que l’allocation spécifique de solidarité pour vivre, soit 350 € par mois », finit-elle par confier, le regard dans le vide.


Philippe MARQUE.

Source : le républicain Lorrain

Publié dans Metz-Nancy

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