CELEBRONS JEAN BURGER DIT "MARIO"

Publié le par ANTIFA


Le 24 juillet 1940, un cordon douanier est mis en place sur la frontière franco-allemande antérieure à la guerre de 14-18 : c’est l’annexion de fait de la Moselle et des deux départements alsaciens au Reich hitlérien.

 

 Ici, comme dans le reste de la France mais dans un contexte particulier lié à la politique de germanisation et de nazification, la population est face à un choix : la « liberté interstitielle » qui subsiste permet à certains de dire « non ». La vie de Jean Burger, qui dirigea l’organisation de résistance la plus importante de Moselle annexée, le « groupe Mario », n’a pas valeur de modèle mais montre que la diversité des attitudes face à cette nouvelle annexion est plus large que la gamme choisie par Marc Ferro lorsqu’il évoque « la difficulté d’"être" en Alsace-Lorraine » pendant la Seconde Guerre mondiale : comme beaucoup d’historiens se penchant sur cette période, il ne signale pas l’importance des engagements dans la Résistance. Jean Burger naît à Metz, il y a plus d'un siècle, le 16 février 1907, dans une famille de commerçants grainetiers assez aisée. Il choisit de devenir instituteur et enseigne dans les bassins industriels du département. Il milite rapidement au Parti communiste, probablement influencé par son ami David Rosenfeld, secrétaire de la section communiste de Metz.

 

Dans le prolongement de ses choix politiques, Jean Burger s’engage dans la lutte pour la paix et contre le fascisme et devient le dirigeant local du mouvement Amsterdam-Pleyel. Il se montre également attentif au sort des juifs réfugiés de Pologne ou chassés d’Allemagne : vers la fin de 1933, il crée avec quelques camarades la section messine de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). L’une des actions les plus importantes de Jean Burger au temps du Front populaire est son engagement pour la défense de la République espagnole. Il organise, à partir du début de 1937, le recrutement pour les Brigades internationales.

 

L’action de Burger et des autres militants communistes sera particulièrement efficace puisque la Moselle est le quatrième département français fournissant le plus de volontaires pour l’Espagne. En septembre 1939, Jean Burger est mobilisé au 460e régiment de pionniers et reste cantonné sur la ligne Maginot où il est fait prisonnier, le 17 juin 1940. C’est alors qu’il prend le nom de « René Legrand », horticulteur à Arcachon, dont il a trouvé le livret militaire pendant la débâcle. Cette fausse identité l’empêche d’être « libéré » par les Allemands en tant qu’Alsacien-Lorrain. Après son arrestation, « René Legrand » est emprisonné dans un Kommando près de Nienhagen (Mecklembourg, Allemagne), rattaché au stalag II A de Neubrandebourg. Ce n’est qu’au cours de l’hiver 1940-1941 qu’il peut donner signe de vie à son frère qui va réussir à organiser son évasion à la Pentecôte 1941.

 

 Charles Hoeffel, militant du PC et des cheminots CGT, apprenant le retour de Jean Burger, vient à son domicile messin en juillet 1941. Il est accompagné de Georges Wodli, membre du comité central du Parti communiste, qui lui demande d’organiser la résistance communiste en Moselle. Jean Burger crée ainsi le groupe de résistance « Mario », dont l’activité revêt des aspects multiples. Par la propagande orale, les graffitis sur les murs et la distribution de milliers de tracts, il tente de soutenir le moral des Lorrains qui subissent une politique de germanisation rigoureuse, passant d’abord par l’expulsion des éléments « indésirables », puis, entre 1942 et 1944, par l’obligation de travailler pour les Allemands ou par l’incorporation de force dans la Wehrmacht des jeunes Lorrains et Alsaciens. L’aide aux prisonniers de guerre évadés est la manifestation résistante la plus précoce et la plus fréquente. Jean Burger prend part personnellement à de nombreuses actions contre l’occupant.

 

 C’est ainsi qu’au cours de l’été 1943, il participe à de nombreux actes de sabotage ou à des incendies de récoltes destinées aux Allemands. Les arrestations massives commencent en août 1943. Après l’une de ces rafles dans la région de Thionville, un commissaire allemand apprend que le 3, rue Vauban, à Metz, est un lieu de rencontre de résistants. Annie Schulz, arrêtée le 21 septembre 1943 sur son lieu de travail, est obligée de donner les clefs de son appartement à la Gestapo. Jean Burger y est arrêté par les Allemands qui mettent en place une souricière leur permettant d’arrêter plusieurs résistants qui n’avaient pu être prévenus à temps de l’arrestation de « Mario ». Le groupe est démantelé à la fin de 1943 et au début de 1944, périodes pendant lesquelles les interpellations concernent journellement des dizaines de résistants.

 

 Un tiers environ des membres du « groupe Mario » tombent ainsi entre les mains de la Gestapo. Après son arrestation, Jean Burger est maintenu enchaîné une huitaine de jours dans les caves de la Gestapo messine où il est torturé. Il est ensuite transféré à la prison militaire de Metz, puis au fort de Queuleu construit par les Allemands après la première annexion et devenu un SS Sonderlager. Devant l’avancée des troupes alliées, les détenus commencent d’être évacués durant l’été 1944. Jean Burger, avec treize autres camarades, quitte ses geôles lorraines pour la prison de Mannheim. Il est ensuite transféré à la prison de Wiesbaden, puis au camp de Dachau, où il arrive le 14 novembre 1944. Quelques jours plus tard, neuf d’entre eux, dont Jean Burger, partent dans un convoi pour Auschwitz-Monowitz.

 

L’Armée rouge approchant, l’évacuation d’Auschwitz commence au matin du 18 janvier 1945. Les déportés, dont six membres du « groupe Mario », doivent gagner à marche forcée un camp annexe, à Gleiwitz, à l’ouest du bassin minier de haute Silésie. Là, les survivants s’entassent dans des wagons découverts partant dans plusieurs directions. Le convoi de Jean Burger arrive dans le Harz pour gagner le camp de Dora. C’est probablement au cours de ce transfert que Jean Burger contracte une pneumonie qui le fait admettre à l’infirmerie. À partir de mars 1945 les inaptes au travail sont transférés hors du camp de Dora et, pour certains, dont Jean Burger, prennent la direction de la « Boelcke Kaserne » de Nordhausen, quelques kilomètres plus au sud.

 

C’est là, dans une caserne de chars désaffectée, dans l’après-midi du 3 avril 1945, qu’il est mortellement blessé par des bombes américaines. Il a encore pu y voir des inscriptions liées à l’activité militaire disparue (« ne pas laisser tourner les moteurs ») ou ces mots de Frédéric II qui couvraient une dizaine de mètres carrés : « Il importe peu que je meure, si du moins j’ai fait mon devoir. » Si l’historien n’a pas à prendre la posture du juge soldant les comptes d’une vie, on espère que Jean Burger a pu trouver un dernier réconfort à la lecture de cette phrase qui résume finalement bien une vie d’engagement qui s’achève à trente-huit ans, au début du printemps.

 

VIVE JEAN BURGER!

Publié dans Metz-Nancy

Commenter cet article