George Jackson #2 : conditionnement sociétal
Toute ma vie, j'ai joué la comédie à ma famille ; pour moi, la réalité, c'était la rue. Je ne faisais rien d'autre que de faire semblant avec les bonnes sœurs et les curés ; si je servais la messe, c'était pour avoir l'occasion de voler le vin de messe ; si je chantais dans les chœurs, c'était parce qu'on m'y forçait. Lorsque nous allions en tournée dans les écoles catholiques des riches Blancs, nous étions toujours bien traités, bien nourris et récompensés par des cadeaux.
Le vieux Père Brown nous détestait, mais il me mettait toujours au premier rang quand nous étions en représentation. Je ne sais pas exactement pourquoi ; j'étais le plus vilain, le plus maigrichon des petits gringalets du groupe. Les hommes noirs nés aux Etats-Unis et assez chanceux pour être encore en vie à l'âge de dix-huit ans sont conditionnés à voir l'emprisonnement comme inéluctable.
1971